tribune de Michel Magras

Plus d’une vingtaine d’explorations botaniques ont été menées sur l’île depuis 1650 par des scientifiques de renom et à l’unanimité tous, dans leurs écrits ont reconnu que Saint-Barth possédait la flore xérophyte la plus riche et la plus diversifiée de l’archipel Guadeloupéen et se situait à une place honorable par rapport à l’ensemble des Antilles.

La flore de Saint-Barthélemy représente donc un atout considérable, qui fait partie de notre patrimoine naturel, qui à l’évidence, a une grande valeur scientifique et constitue de fait une valeur ajoutée pour l’image de notre île vue de l’extérieur et pour la promotion de la « destination Saint Barth ».

Dans un livre publié en décembre 1989 et intitulé « Fleurs des Antilles » j’essayais d’attirer l’attention du lecteur sur la beauté, parfois trop évidente pour être remarquée, de toute cette végétation qui nous entourait et faisait naturellement partie de notre qualité de vie.

En écrivant en introduction que Découvrir la Nature c’est apprendre à l’aimer et que l’Homme, par nature, protège ce qu’il aime, j’espérais alors apporter quelques éléments nécessaires à un début de prise de conscience individuelle et collective.

Depuis, le milieu naturel de Saint-Barth a subi vingt-huit années de pression liée au développement économique et pas moins de sept cyclones dont les deux plus importants ont été Luis en 1995 et Irma en 2017.

C’est dire qu’à tous les niveaux, pendant les trois dernières décennies, la végétation a été affectée par des agressions de toutes sortes qui ont considérablement modifié les équilibres existants provoquant des désordres qui ont indiscutablement fait régresser le capital initial et entraîné la dégradation du tapis végétal originel.

Dans les années qui suivirent le passage du cyclone Luis en 1995, plus exactement de 1995 à 2006, plus de 438 conteneurs de plantes et 69 barges de terre végétale ont été importés sur l’île pour répondre aux exigences de l’économie touristique et aux besoins induits de la population résidente, contribuant ainsi et involontairement à d’importantes modifications des équilibres écologiques en place, au moins dans la partie urbanisée de l’île. Depuis j’ai cessé de compter…

Conscient de cette réalité, j’ai publié près de vint ans après, en février 2008, un nouveau livre sous le titre « Fleurs de Saint Barthélemy ». Il s’agissait d’un choix éminemment politique et pédagogique à la fois : mettre au service de ceux qui le souhaitaient, un modeste document de travail et un guide d’observation dont je laissais à chacun le soin de l’apprécier à sa juste valeur.

J’ai alors choisi de passer sous silence certaines espèces endémiques rares et protégées afin d’éviter qu’elles ne deviennent « une proie » facile pour certains prédateurs irresponsables. Et je me suis interdit de parler des espèces et des variétés importées, dominantes pour certaines, envahissantes pour d’autres, et qui ont causé tant de dégâts irréversibles sur l’équilibre écologique de notre l’île.

En 1995, j’étais adjoint au Maire chargé de l’environnement. Je ne reviendrai pas ici sur les violences verbales (et physiques) dont j’ai fait l’objet pour avoir tenter d’expliquer la nécessité d’exiger un certificat phytosanitaire à l’entrée et un contrôle des importations de plantes et de terre végétale pour en limiter les effets néfastes, comme cela se fait partout ailleurs.

Mais le propre des êtres vivants étant cette formidable capacité d’adaptation qui les caractérise, l’île semblait avoir

retrouvé sa beauté et il est vrai que cela faisait bien des années qu’elle n’avait pas été aussi verte qu’en 2017. Avant le passage d’Irma elle était juste magnifique.

Compte tenu des dégâts causés, je peux donc comprendre et même encourager celles et ceux qui souhaitent aider, à la reconstruction des jardins publics et privés (hôtels, villas et maisons individuelles) indispensables pour redonner une âme à notre île et participer à la relance économique.

Cette reconstruction rapide nécessitera l’importation de plantes tropicales, comme c’est le cas depuis 1995, sans que personne ne s’en inquiète trop mais en veillant à de ne pas reproduire les erreurs du passé.

Le phénomène Irma que nous venons de vivre marque un tournant indiscutable tant par sa violence que par ses effets imprévisibles et n’obéissant à aucune norme connue. Pour autant, ceux d’entre nous qui ont connu l’ouragan Luis conviendront que les dégâts causés à la couverture végétale de l’île ne sont pas comparables.

Si ponctuellement les effets destructeurs d’Irma sont sans précédents, globalement la flore de l’île ne semble pas aussi détruite qu’en 1995.

J’entends et je lis sur les réseaux qu’un projet de « reforestation de l’île » serait en train de se mettre en place. Si cette expression, totalement inappropriée, devait consister à importer des espèces végétales (et animales)

venant des îles avoisinantes ou de la Floride, ce serait tout simplement la plus grave catastrophe écologique que l’île aurait connue.

Il y a sur cette île, toutes les espèces et toutes les semences nécessaires pour permettre à la flore sauvage de se reconstruire, sans qu’il soit besoin d’en importer. D’ailleurs la végétation elle même va réagir en accélérant son propre processus de reproduction et de renouvellement. Et l’homme si il le souhaite peut contribuer intelligemment à accompagner ce processus.

Mais il y a aussi en parallèle, tout un comportement humain nouveau à adopter pour éviter de détruire sans raison

les espèces qui contribuent à stabiliser le sol, à éviter le ruissellement des eaux et l’érosion qu’il génère.

Il ne saurait y avoir de développement harmonieux et durable d’un si petit territoire qui ne tienne compte de cette richesse exceptionnelle que représente le milieu naturel de l’île. Notre devoir à tous et à chacun est de la préserver, de conforter cet héritage, de le mettre en valeur et de prendre garde à ne pas le mettre en péril.

Michel Magras
Sénateur de Saint-Barthélemy
Président de la Délégation sénatoriale aux outre-mer

« Il y a sur cette île, toutes les espèces et toutes les semences nécessaires pour permettre à la flore sauvage de se reconstruire, sans qu’il soit besoin d’en importer. »

« J’entends et je lis sur les réseaux qu’un projet de « reforestation de l’île » serait en train de se mettre en place. Si cette expression, totalement inappropriée, devait consister à importer des espèces végétales (et animales) venant des îles avoisinantes ou de la Floride, ce serait tout simplement la plus grave catastrophe écologique que l’île aurait connue. « 

FLEURS DES ANTILLES
Auteur Michel Magras. Éditions Latanier 1989