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Colloque « L’engagement des femmes dans la vie économique ultramarine »

L’engagement des femmes outre-mer : un levier clé du dynamisme économique

Mercredi 20 février 2019 – 14h30 – Salle clemenceau

Propos d’ouverture de M. Michel Magras,
président de la Délégation sénatoriale aux outre-mer

 

Monsieur le Président du Sénat,

 

Madame la Présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, Chère Annick,

 

Mesdames et Messieurs les Parlementaires et les élus,

 

Mesdames qui représentez les forces vives des territoires et qui avez accepté de franchir les océans pour être leur voix aujourd’hui, en portant haut leurs singularités qui font la richesse de notre pays,

 

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je suis heureux et fier de notre manifestation d’aujourd’hui, organisée en synergie avec la Délégation aux droits des femmes du Sénat, et qui célèbre nos femmes d’outre-mer en soulignant l’importance de leur rôle dans la vie économique et entrepreneuriale de nos territoires.

 

Cet événement concrétise une action commune de deux instances du Sénat qui ont uni leurs savoir-faire et leur enthousiasme au service d’une double cause, celle des femmes et celle des outre-mer.

 

Chère Annick, nous partageons un même goût pour l’organisation d’événements qui donnent de la visibilité aux valeurs que nous défendons et la parole aux personnes qui les incarnent : je forme donc le vœu que le colloque de ce jour constitue la première étape d’un cheminement commun et je remercie le Président du Sénat d’en être le témoin actif, par sa présence à nos côtés et ses encouragements chaleureux.

 

Notre initiative s’inscrit en amont de la Journée internationale des femmes du 8 mars et chacun sait ici que la femme est une figure centrale de la plupart de nos cultures d’outre-mer. Le matriarcat constitue un modèle répandu et parfois même une véritable institution dans nos traditions.

 

Les sociétés polynésiennes en sont une illustration où certaines îles, comme Maiao dans l’archipel de la Société, considéraient comme étrangère toute personne n’ayant aucune filiation maternelle avec une habitante vivante ou décédée de l’île. Les plus hautes fonctions politiques pouvaient leur échoir : je pense bien sûr à la Reine Pomaré et ses cinquante ans de règne, mais aussi aux îles Marquises où la polyandrie était de mise.

 

Si l’on met le cap sur l’océan Indien et plus spécifiquement sur Mayotte, alors que l’île a été soumise à des influences culturelles multiples et est aujourd’hui majoritairement musulmane, l’organisation sociale demeure fondée sur deux piliers : la matrilinéarité, d’une part, puisque la filiation se définit dans la lignée maternelle, et la matrifocalité, d’autre part, puisque la famille réside chez la mère qui détient le patrimoine et en assure la transmission héréditaire. L’époux est seulement un invité (mudjeni) de passage !

 

Enfin, aux Antilles, le matriarcat est également traditionnellement prévalent, avec un système d’organisation familiale centré sur l’autorité maternelle au sein du foyer. C’est la femme « potomitan », terme qui désigne le poteau central du temple vaudou.

 

Cependant, si la femme incarne et exerce souvent l’autorité dans la sphère domestique, dans la sphère privée, il n’en va pas de même pour ce qui concerne la sphère publique dans laquelle elle n’apparaissait généralement, au mieux, qu’au second plan.

 

Mais les temps changent : les dynamiques économiques et sociales du monde moderne, et notamment le phénomène du développement de la monoparentalité particulièrement prégnant outre-mer, font de facto supporter aux femmes un lourd fardeau dans l’ordre des responsabilités éducatives et de l’économie domestique. Ainsi en 2011, selon l’Ined, les familles monoparentales avec enfant de moins de 25 ans représentaient 25 % des familles de métropole avec à leur tête 85 % de mères. Cette proportion était portée au double, voire davantage, dans les départements tels que la Martinique (54 %), la Guadeloupe (51 %), la Guyane (46 %) et La Réunion (38 %). Parallèlement, l’élévation du niveau d’éducation dont les femmes des outre-mer ont su bénéficier et les lois républicaines en faveur d’une réelle reconnaissance de leurs capacités et de leurs mérites les ont conduites à faire irruption dans les sphères décisionnelles.

 

Très investies dans l’univers associatif qui tisse un maillage social serré dans nos outre-mer, les femmes ont très naturellement étendu leur champ d’investigation vers les sphères politiques et économiques dès que des ouvertures se sont présentées. Il n’y avait qu’un pas de l’économie domestique à l’économie entrepreneuriale et elles l’ont vaillamment franchi ! Si elles souffrent de taux de chômage généralement de deux à trois points supérieurs à ceux des hommes, contrairement à la situation qui prévaut dans l’hexagone, leur situation en termes d’égalité salariale est globalement plus enviable avec des écarts en moyenne inférieurs. Rappelons que dans presque tous les territoires, la part des diplômés de niveau Bac et plus est plus importante chez les femmes que chez les hommes et celles-ci sont globalement plus qualifiées !

 

Telles sont les tendances qui se dégagent des rares études et documents statistiques disponibles car, comme sur bien d’autres sujets, les données sont insuffisantes et lacunaires. C’est aussi pour cette raison que nous avons voulu organiser le présent colloque et donner la parole aux femmes investies dans la vie économique de nos outre-mer.

 

Mesdames – et je m’adresse plus particulièrement à nos quelque 25 intervenantes de l’après-midi – le recueil de vos témoignages sera publié et constituera un document inédit visitant l’ensemble des territoires sur un sujet qui a jusqu’à présent suscité peu de travaux de recherche. Ainsi aurez-vous contribué à la visibilité de vos territoires mais aussi à produire une précieuse information qui aujourd’hui fait cruellement défaut !

 

La pléiade des talents qui vont s’exprimer au cours des trois tables rondes, en provenance de tous les océans, seront en effet autant de témoignages de la vitalité de nos territoires et d’illustrations des tempéraments féminins comme tremplins de la réussite !

 

Mais avant de vous céder la parole, ma collègue et complice Annick Billon va à son tour vous souhaiter la bienvenue.

  Michel Magras sénateur de Saint-Barthélemy Président de la Délégation sénatoriale aux outre-mer